Défi 28 jours: est-ce vraiment une bonne idée de faire un mois sans alcool? | 24 heures
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Défi 28 jours: est-ce vraiment une bonne idée de faire un mois sans alcool?

Image principale de l'article Une bonne idée de faire un mois sans alcool?
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Ça y est: c'est le début du Défi 28 jours. Si participer à un défi sans alcool peut avoir plusieurs effets bénéfiques sur la santé, arrêter de consommer d’un coup sec n’est pas toujours une bonne idée. La question se pose donc: devriez-vous vraiment arrêter de boire pendant un mois?

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Une occasion de réfléchir à sa consommation  

Selon un rapport d’Éduc’alcool publié en octobre 2022, entre 25 et 30% des adultes québécois consomment plus que modérément, soit plus que deux verres par jour, pour un total de 10 verres par semaine pour les femmes, et trois verres par jour, pour un total de 15 pour les hommes. Le rapport indique aussi que la consommation d’alcool se fait souvent par habitude, sans réfléchir aux raisons ou aux circonstances qui les poussent à boire.   

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«Souvent, l’enchaînement des événements qu’on lie à l’alcool fait en sorte qu’on boit assez pour qu’il y ait des effets néfastes sur notre corps, même si on n’a pas de problème d’alcool au sens médical du terme», souligne la docteure spécialisée en médecine des toxicomanies du CHUM, Catherine de Montigny. 

Pour le fondateur et directeur médical de la clinique Nouveau Départ, le Dr Jean-Pierre Chiasson, ces défis sont donc l’occasion idéale de réfléchir à notre rapport avec l’alcool.  

«C’est un très bon exercice de sensibilisation pour les gens qui boivent de façon à risque et qui ne s’en rendent pas vraiment compte, en plus d’être l’occasion de se regrouper autour d’un but commun et de réaliser que la communication, dans ce contexte, peut remplacer l’alcool comme lubrifiant social», soutient-il.  

Des avantages physiques et psychologiques 

On le dit de plus en plus: l’alcool peut avoir des effets néfastes sur le corps, même lorsque notre consommation ne nous paraît pas excessive, explique Catherine de Montigny. 

«Il y a des impacts sur tout le corps. L’alcool affecte une panoplie de neurotransmetteurs dans le cerveau, donc presque tous les organes sont touchés. De façon grossière, le cerveau est affecté par l’alcool, le foie est très affecté, le système cardiovasculaire l’est aussi de façon significative. Tout le système digestif aussi, le pancréas, etc.», poursuit la Dre de Montigny.  

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Bien qu’il soit impossible de savoir exactement à combien de verres on devrait se limiter pour avoir une consommation sans risque, prendre une pause d’alcool peut ainsi présenter de nombreux avantages.  

«À court terme, on peut penser à l’amélioration du sommeil, de la concentration, de l’humeur notamment. Mais on voit aussi une amélioration du contrôle de la santé cardiovasculaire», indique la Dre de Montigny. 

La sobriété mène également à une perte de poids de 4 livres en moyenne et à l’amélioration de la santé de la peau, même sans modifier le reste des habitudes de vie, selon une étude britannique publiée dans la revue médicale BMJ Open en 2018. Les chercheurs ont également observé qu’en moyenne, les participants à ces défis conservent de meilleures habitudes de consommation jusqu’à six mois après l’exercice.  

Méfiez-vous de l’effet rebond 

Mais attention: que vous preniez actuellement part au Dry January ou que vous attendiez le 28 jours sans alcool en février, les spécialistes vous invitent à être prudent. 

«Tous les régimes ou les changements extrêmes peuvent avoir des effets néfastes, surtout lorsque l’on arrête complètement d’un coup sec. Le danger, avec ces défis, c’est d’avoir l’idée erronée qu’un mois sans alcool nous permet de boire de façon incontrôlée le reste de l’année», affirme Catherine de Montigny. 

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Une étude menée par des chercheurs de l'Université du Sussex, au Royaume-Uni, a révélé que 11% des personnes qui participent au Dry January consomment davantage d’alcool après le défi qu’avant. Les personnes qui ne réussissent pas à tenir le mois complet sont aussi plus susceptibles de boire davantage par la suite que celles qui tiennent le coup pendant 31 jours.  

Et pour les gens aux prises avec de sérieux problèmes d’alcool, arrêter de boire du jour au lendemain peut carrément être dangereux, avertit le Dr Jean-Pierre Chiasson.  

«Pour quelqu’un qui a un problème d’alcoolisme, arrêter d’un coup peut être dangereux. Ils peuvent aussi ressentir des effets psychologiques négatifs, comme se sentir mal en permanence parce que pendant des années, ils ont tenté de fuir leur réalité et qu’ils ne savent pas comment gérer leurs émotions», prévient-il.   

Sans alcool, mais avec cannabis? 

Aux États-Unis, 21% des participants au Dry January remplacent les boissons alcoolisées par des produits de cannabis, selon un sondage publié par la firme américaine CivicScience le 11 janvier dernier.  

Par groupe d’âge, ce sont les 21-24 ans qui sont les plus susceptibles de se tourner vers le cannabis, à 34%, suivi des 25 à 34 ans, qui sont 24% à le faire, révèle cette même enquête menée auprès de 900 personnes.  

Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Mais avant de penser à fumer un joint au lieu de vous déboucher une bière, sachez que la substitution de l’alcool par le cannabis peut amenuiser certains effets bénéfiques de l’arrêt d’alcool, note la pharmacienne de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), Isabelle Bilodeau. 

«Le cannabis, comme l’alcool, est une substance psychoactive. Donc, si on arrête de boire en espérant avoir un meilleur sommeil, une plus grande capacité de concentration ou encore un effet sur son humeur, c’est possible qu’on se tire dans le pied en substituant l’alcool par le cannabis. On ne fait que changer de molécule», indique-t-elle. 

Des défis populaires  

La popularité des défis sans alcool a explosé dans les dernières années. Au Québec, le Défi 28 jours sans alcool – qui fêtera ses 10 ans le premier février – est passé de 1500 participants en 2013 à plus de 25 000 aujourd’hui. Le Dry January, originaire du Royaume-Uni, compte pour sa part des millions d’adeptes dans le monde chaque année.