Nouvel An lunaire : une vitrine pour les artistes asiatiques montréalais | 24 heures
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Nouvel An lunaire : une vitrine pour les artistes asiatiques montréalais

Sophie Chen
Photo Julien Bouthillier

Sophie Chen

Plusieurs jeunes artistes québécois d’origine asiatique passent sous le radar des médias d’ici, même s’ils attirent l’attention à l’international ou ont tout un paquet d’abonnés sur les réseaux sociaux. Dimanche, ils ont pu mettre leur talent de l’avant lors de célébrations du Nouvel An lunaire à Montréal.

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24 heures s’est entretenu avec trois d’entre eux.

Sophie Chen – chanteuse

Sophie Chen vit à Taiwan depuis près de trois ans et fait carrière en chantant principalement en mandarin. 

Or, c’est à Montréal, en français, qu’elle a découvert sa passion pour la musique. De retour au Québec pour visiter sa famille à l’occasion du Nouvel An lunaire, elle était l’une des têtes d’affiche du concert de dimanche après-midi, qui se déroulait dans le même parc où elle a chanté en public pour la première fois, à l’âge de cinq ans. La symbolique était donc forte pour celle qui vit entre deux cultures.

«Je ne suis pas assez asiatique pour là-bas [à Taiwan], puis je ne suis pas assez québécoise ici», estime-t-elle. 

Cette crise existentielle entre ses identités est toutefois un moteur de création pour elle.

Sophie Chen

Photo Julien Bouthillier

Sophie Chen

«Je pense que ne pas être à l'aise, ne pas être confortable, c'est quelque chose de vraiment enrichissant parce que ça te pousse toujours à avoir des nouvelles expériences. Tu t’aventures dans plein de choses. Je trouve ça juste le fun de pouvoir se questionner constamment puis de se développer.» 

Si Sophie a dû délaisser la musique en français par manque de temps, elle espère y revenir en 2023. Elle se souvient d’un groupe d’Asiatiques qui étaient venus lui parler après un concert dans un bar montréalais et qui trouvaient important pour la représentation de leur communauté que des personnes asiatiques percent dans la musique québécoise.

Photo Julien Bouthillier

«J’ai vraiment hâte de sortir de quoi parce que ça m'a vraiment marquée d’avoir du monde qui [trouve] ça cool que [je] chante en français. Et puis ça représente un peu notre communauté. Attendez-vous à plus de trucs», conclut-elle le sourire au visage.

Karen Tam – artiste visuelle

Une œuvre lumineuse surplombe la place Sun-Yat-Sen, où se déroulaient les festivités du Nouvel An lunaire. C’est l’artiste Karen Tam qui a conçu cette installation nommée Les dragons à la poursuite de la lune.

Karen Tam

Photo Julien Bouthillier

Karen Tam

«Quand on pense à l’hiver, on pense souvent à la noirceur, et les gens – surtout les aînés – ne sortent pas dehors, car c’est sombre et glissant. En développant le concept de l’œuvre, je réfléchissais à comment illuminer [le quartier] et faire quelque chose qui amène les gens ensemble [...] et pousse les Montréalais à visiter leur Quartier chinois», nous explique-t-elle.

L'œuvre «Les dragons à la poursuite de la lune» de Karen Tam

Photo Julien Bouthillier

L'œuvre «Les dragons à la poursuite de la lune» de Karen Tam

Bien qu’elle estime que les artistes de sa communauté ont plus de visibilité qu’avant, elle croit qu’il est toujours possible de faire mieux pour mettre en lumière leurs réalités.

Photo Julien Bouthillier

«Quand je parle avec des artistes émergents asiatiques, il semble qu’il y a toujours des défis. Les jeunes artistes en général ont tous des défis différents, mais je pense qu’il y en a un peu plus pour les artistes racisés», croit-elle.

Andy Khun – chanteur

Andy Khun s’est fait connaître du grand public québécois en tant que finaliste à l’émission La Voix Junior en 2016. C’est toutefois sur TikTok que les plus jeunes ont appris à le connaître. C’est d’ailleurs via ce réseau social que les organisateurs de l’événement de dimanche l’ont contacté.

Photo Julien Bouthillier

Il réussit, grâce aux réseaux sociaux, à mettre en valeur la culture asiatique, qui, selon lui, n’est pas assez mise de l’avant dans les médias traditionnels.

«Il n’y a pas assez d’exposure pour les artistes asiatiques, mais on commence graduellement à en voir de plus en plus», estime-t-il.

Andy se sentait honoré de chanter lors d’une célébration qui est importante pour lui et sa famille. 

Photo Julien Bouthillier

«Pour moi, le Nouvel An lunaire, toutes les années, c'est toujours le rassemblement familial, et c'est ça vraiment pour moi la plus grande chose. Et pour moi, ça représente aussi la diplomatie et le calme», conclut-il. 

L’année du lapin

Le Nouvel An lunaire est célébré dans plusieurs cultures asiatiques, et se tient lors de la première nouvelle lune de l’année. 

Les célébrations de dimanche marquaient le début de l’année du lapin pour les Chinois et d’autres communautés asiatiques. Le lapin symbolise le calme, l’espoir et la diplomatie, nous explique Winston Chan, membre du comité organisateur du Festival du printemps du Quartier chinois.

Winston Chan

Photo Julien Bouthillier

Winston Chan

«On souhaite à la communauté de pouvoir bâtir des ponts dans le calme et de façon diplomatique. Et je pense que la culture, les artistes qui représentent vraiment l’âme du Quartier chinois et de la communauté, ça permet justement de tisser des liens. Je pense que la culture, c'est une bonne façon diplomatique de créer des liens entre les communautés», affirme M. Chan, optimiste. 

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