Saison de patin annulée sur la rivière L’Assomption: une conséquence des changements climatiques? | 24 heures
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Saison de patin annulée sur la rivière L’Assomption: une conséquence des changements climatiques?

Image principale de l'article La saison annulée à cause de la crise climatique?
Photo tirée de la page Facebook de Tourisme Joliette

Un couvert de glace pas suffisamment solide pour le patin a forcé la MRC de Joliette à annuler la saison 2023 de la patinoire sur la rivière L’Assomption. Et les changements climatiques sont semble-t-il (en partie) responsables.

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«Les expertises effectuées par Hydro Météo sur la rivière L’Assomption sont sans équivoque: le processus de formation de la glace a été exceptionnellement malmené depuis le début décembre», écrit la MRC dans un communiqué.

C’est la première fois depuis 1982 qu’on ne pourra pas glisser sur la plus longue patinoire sur rivière au Québec.

L’un des facteurs expliquant l’annulation est l’accrétion de frasil, une glace composée d’eau et d’air que l’on peut reconnaître à ses fines aiguilles, qui a formé la glace primaire et qui rend la patinoire trop fragile, contrairement à la glace noire espérée. 

Hydro Météo, la firme mandatée par la MRC pour évaluer la qualité de la glace de la patinoire, parle également de l’absence de froid continu pendant la période de formation du couvert de glace, qui a été «très néfaste» et qui a empêché le déploiement de l’équipement pour l’entretien de la patinoire.

Le redoux de décembre a empêché la rivière L'Assomption de former un couvert de glace suffisamment solide pour le patin.

Photo tirée de la page Facebook de Tourisme Joliette

Le redoux de décembre a empêché la rivière L'Assomption de former un couvert de glace suffisamment solide pour le patin.

Si on ne peut pas mettre la faute du redoux de décembre sur le dos des changements climatiques, il est néanmoins «totalement cohérent avec le réchauffement du climat», a indiqué Alain Bourque, directeur général d’Ouranos, à 24 heures.

Les fluctuations de température sont normales au Québec, même sans les changements climatiques. Sans l’influence de l’activité humaine, on aurait autant de redoux que de vagues de froid, a indiqué le climatologue.

Mais ce qu’on constate des données d’Environnement Canada des 24 dernières années, c’est que la province n’a connu que des anomalies de températures positives. La moyenne annuelle a toujours été plus élevée que la normale au 20e siècle depuis 1998.

Un avant-goût des hivers québécois à venir

Président d'Hydro Météo, Pierre Corbin a remarqué le phénomène. «Il y a 40 ans, les saisons de patins pouvaient durer 50 jours et plus. Mais depuis une dizaine d’années, le nombre de jours patinables diminue: la patinoire ouvre plus tard et ferme plus tôt», a-t-il souligné en entrevue à 24 heures.

Depuis les années 2010, on compte en moyenne entre 30 et 50 jours patinables. Un record a été battu en 2004, alors que la patinoire sur la rivière L’Assomption a été ouverte 74 jours, «mais on n’a jamais revu ça», relate l’expert.

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Pour lui, l’annulation de la saison de patinage sur la rivière L’Assomption est un avant-goût des hivers québécois à venir.

«Une saison hivernale ne sera plus garante du couvert de glace. Ça ne veut pas dire que l’année prochaine on ne patinera pas, mais les jours de patin vont diminuer de plus en plus», explique-t-il.

Selon lui, il est bien possible qu’on ne puisse plus patiner sur la rivière L’Assomption dans 15 ou 20 ans, et les changements climatiques en seront la cause. 

«On ne peut pas dire avec précision dans combien de temps, mais il viendra un temps où ce ne sera pas viable de faire la patinoire parce que la saison ne durera pas assez longtemps par rapport aux coûts que cela engendra», conclut Pierre Corbin.

— Avec Anne-Sophie Poiré

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