Des extraterrestres vivent-ils sous la glace de Jupiter? | 24 heures
/bref

Des extraterrestres vivent-ils sous la glace de Jupiter?

Image principale de l'article Des extraterrestres sous la glace de Jupiter?
AFP

Des formes de vie extra-terrestres sont-elles possibles sous la glace ? La sonde européenne JUICE est fin prête pour un voyage de huit ans dans l’espace, destination Jupiter et ses lunes glacées, dont les océans sous la banquise seraient potentiellement habitables. 

• À lire aussi: Le noyau terrestre s'est-il mis à tourner à l'envers?

Dans la salle blanche de son constructeur Airbus, à Toulouse, le satellite JUICE (JUpiter ICy moons Explorer mission) vit ses derniers instants sur Terre. L’émotion gagne l’équipe d’ingénieurs, techniciens et scientifiques qui ont travaillé de longues années sur cette mission phare de l’agence spatiale européenne (ESA).

Blouses blanches et charlotte de protection sur la tête, ils peuvent enfin dévoiler à la presse leur «bête» de 6,2 tonnes, ses 10 instruments scientifiques, son antenne de 2,50 mètres de diamètre et ses immenses panneaux solaires qu’il faut tester une dernière fois.

AFP

D’ici quelques jours, le vaisseau spatial sera placé, ailes repliées, dans son conteneur de transport, avant de s’envoler pour Kourou en Guyane française, d’où il sera lancé en avril par une fusée Ariane 5.

En guise d’au revoir, une plaque commémorative a été gravée à l’arrière en hommage à Galilée, le premier à observer Jupiter et ses plus grandes lunes, en 1610.

AFP

La volcanique Io et ses trois comparses glacées Europe, Ganymède et Callisto, furent «les premières lunes découvertes en dehors de la nôtre», explique Cyril Cavel, chef de projet JUICE chez Airbus Defence and Space, montrant fièrement un exemplaire de «Sidereus nuncius» («le messager des étoiles» en français) de l’astronome italien - le premier traité d’astronomie de l’histoire.

La Terre et Vénus comme catapultes

Quatre cents ans plus tard, l’homme s’apprête à explorer en profondeur les satellites naturels de la géante gazeuse, en plaçant pour la première fois une sonde en orbite autour de l’un d’entre eux. JUICE sera en outre la première mission européenne à s’aventurer dans le système solaire externe - qui démarre après Mars, dernière planète tellurique.

Il faudra patienter car le voyage s’annonce long, avec une arrivée prévue en 2031. Et sinueux, puisqu’il n’est pas possible d’atteindre Jupiter, située à 740 millions de kilomètres du Soleil, par une trajectoire directe.

AFP

Une fois lancée, JUICE devra utiliser l’assistance gravitationnelle de la Terre, puis aller chercher celle de Vénus. «C’est comme une catapulte qui nous donne de l’élan jusqu’à Jupiter», détaille Nicolas Altobelli, responsable scientifique de la mission pour l’agence spatiale européenne (ESA).

Ses panneaux solaires de 85 m2 devront également engranger le maximum de puissance avant d’aller affronter des températures proches du zéro absolu (environ -220 degrés).

AFP

Une fois sur place, le vaisseau et ses 2 milliards de kilomètres au compteur devra s’insérer dans l’orbite de Jupiter... au terme d’un freinage réalisé en totale autonomie. «Si la manœuvre échoue, la mission est perdue», explique Cyril Cavel.

Objectif Ganymède

JUICE inspectera le système jovien, survolera ses lunes, puis se placera en orbite autour de Ganymède, la plus grosse. Ses caméras, capteurs, spectromètres et radars tenteront de comprendre si elle réunit les conditions propices à la vie.

Non pas sur la surface glacée, mais à 10 ou 15 kilomètres en-dessous, où se meuvent des océans liquides. Un environnement potentiellement favorable à des formes de vie primitive en habitats profonds, comme des bactéries - «on ne va pas détecter des gros poissons», a souligné le patron de l’ESA Josef Aschbacher.

Plusieurs conditions doivent être réunies, dont l’eau liquide et une source d’énergie, en l’occurrence celle des «effets de marée» que la gravité de Jupiter exerce sur ses lunes.

Grâce aux signaux magnétiques de Ganymède, JUICE pourrait déterminer si l’eau est en contact avec un noyau rocheux, ce qui permettrait à des éléments chimiques nécessaires à la vie, comme des nutriments, «d’être dissous dans l’eau», analyse Nicolas Altobelli.

AFP

La sonde américaine Europa Clipper viendra compléter la quête en explorant Europe.

Si les deux lunes s’avèrent être de bonnes candidates à la vie, la «suite logique» sera d’y envoyer un atterrisseur. «Ça fait partie du rêve des scientifiques», confie Cyril Cavel, «ému» de savoir que JUICE «terminera sa vie à la surface de Ganymède».