Elle embellit les carcasses d’animaux pour leur rendre hommage | 24 heures
/panorama

Elle embellit les carcasses d’animaux pour leur rendre hommage

s

Décorer son appartement avec des animaux morts reviendrait à la mode. Ce serait même un geste respectueux pour l’environnement, selon l’artiste Vanessa Rondeau, qui voit la taxidermie comme une discipline qui a su évoluer au fil des ans. 24 heures l’a rencontrée dans son atelier, The Old Cavern Boutique.

• À lire aussi: Kylie Jenner porte une robe avec une fausse tête de lion lors d’un défilé et PETA se fâche

«Les gens aiment avoir des choses qui font parler», explique Vanessa Rondeau, 28 ans, au milieu d’une centaine d’animaux empaillés qui sont dans ce qu'elle appelle son «musée».  

Girafe, léopard, zèbre, hyène ou tigre... nous ne sommes pas en plein cœur de l’Afrique, mais bien à Joliette, au nord-est de Montréal. 

«C’est des choses qui prennent de la valeur avec le temps», explique-t-elle à 24 heures. Depuis l’âge de 4 ans, la Québécoise collectionne des animaux morts. Elle en a même fait son métier. Dans son atelier, elle confectionne des pièces de décoration à partir de squelettes de grenouille ou de crânes de belette. 

«On va prendre toutes les choses que les taxidermistes ne feraient pas : les souris, des serpents... On travaille avec des trucs qui sont vintage. Une tête de chevreuil de chasse qui date des années 70, on va essayer de la rendre un peu plus au goût du jour en ajoutant des fleurs, en essayant d'honorer cet animal-là, avec des perles, par exemple.» 

Au sous-sol, Vanessa Rondeau nous montre un de ses projets qui s’est bien vendu pendant Noël. «C’est des collections d'os de pénis de différents animaux : loup, loutre, raton laveur, renard.» 

Vanessa Rondeau est aussi une collectionneuse. Elle a plus d'une centaine d'animaux empaillés.

Photo Axel Tardieu

Vanessa Rondeau est aussi une collectionneuse. Elle a plus d'une centaine d'animaux empaillés.

Populaire sur les réseaux sociaux 

La taxidermie pourrait faire penser à une décoration passée de mode, bonne pour une cabine de chasseurs au fond d’un bois, mais une nouvelle génération d’artistes fait revivre la discipline notamment grâce aux réseaux sociaux.  

• À lire aussi: Sentence repoussée en avril 2023 pour les militants antispécistes entrés dans une porcherie en 2019

Le mot clé taxidermy a été utilisé plus de trois milliards de fois sur TikTok. Des artistes arborent le badge Top vendeur sur la plateforme Etsy grâce à la vente de crânes de coyote et de «mignon bébé poulpe rouge». 

Selon Vanessa Rondeau, la clientèle de sa The Old Cavern Boutique n’aurait pas plus de 35 ans et serait en grande majorité végane. 

Beaucoup des créations vendues sont des os encadrés.

Photo Axel Tardieu

Beaucoup des créations vendues sont des os encadrés.

Réutiliser au lieu de jeter 

Gabrielle Robichaud, une cliente de passage à la boutique rencontrée par 24 heures, aimerait tout acheter. «Mon intérêt pour tout ça a commencé quand j'ai acheté mon premier crâne de cheval». Cette amoureuse des animaux avoue que sa nouvelle passion décorative interroge beaucoup son entourage.  

«Pour moi, c'est une manière de les honorer, au lieu de tout jeter aux poubelles».  

Cette passion n’est pas regardée d’un bon œil, confirme Vanessa. «Je me fais souvent dire : "Tu tues des animaux", mais moi, je n’ai jamais tué un animal de ma vie. Je fais ça parce que j'adore les animaux». 

D’où viennent ces os? 

Pour redonner une nouvelle vie à ces animaux morts, la Québécoise fait le tour des ventes de garage et de succession. Elle entretient un réseau auprès d’animaleries, de zoos et d’entreprises d’importation.  

«Des fois, ils ont des tarentules ou des serpents qui décèdent. À toutes les fois, quelqu’un m'appelle : "J'ai trouvé un écureuil dans ma piscine". Ils me donnent un écureuil et on fait quelque chose avec». 

Pas chères et faciles à trouver, les souris sont l'animal le plus utilisé par Vanessa Rondeau.

Photo Axel Tardieu

Pas chères et faciles à trouver, les souris sont l'animal le plus utilisé par Vanessa Rondeau.

The Old Cavern Boutique travaille aussi avec des fermes, comme Les Agneaux d’Épicure, à Saint-Norbert. Une fois les joues et la cervelle retirées, l’éleveuse Élisabeth Gladu met de côté des crânes d’agneau pour les donner à Vanessa au lieu de les jeter. 

«C’est une façon de réduire notre empreinte environnementale et de permettre à une entreprise de proximité de mettre en valeur ce produit-là et de le rendre rentable», explique Élisabeth Gladu. 

Même si l’atelier de Vanessa Rondeau est déjà bien rempli, elle est toujours à la recherche de nouvelles pièces. «Je veux un œuf de dinosaure. Un hippopotame, ça serait cool, mais c'est gros et je n'ai pas la place», s’imagine-t-elle, tout sourire. 

Vanessa Rondeau doit désormais concentrer ses activités au Canada depuis qu’elle a été prise en flagrant délit d’exportation illégale par les autorités américaines.

En juin 2020, elle a été condamnée à un an de probation et à une amende de 40 000 $ américains pour avoir vendu à un agent d’infiltration des crânes d’ours polaires, une espèce sauvage protégée aux États-Unis. «J’ai fait des erreurs et j’ai appris», admet-elle aujourd'hui.

À VOIR AUSSI

s