Taux directeur à 4,5%: serrez-vous la ceinture, parce que les prix (et l’inflation) ne sont pas près de redescendre | 24 heures
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Taux directeur à 4,5%: serrez-vous la ceinture, parce que les prix (et l’inflation) ne sont pas près de redescendre

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Photomontage: Marilyne Houde

Mercredi, la Banque du Canada a annoncé une huitième hausse consécutive du taux directeur, qui passe de 4,25% à 4,5%, le plus haut taux en 15 ans. Pourquoi augmenter de nouveau alors que l’inflation perd du galon? Peut-on s’attendre à une diminution des prix et des taux d’intérêt? Pour le savoir, on a posé toutes nos questions à un économiste.

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Pourquoi le taux directeur a été relevé une 8e fois depuis mars 2022?

Tout coûte plus cher, tant les services que les biens à la consommation. L’inflation réduit votre pouvoir d’achat si vos revenus n’augmentent pas assez vite. Pourquoi alors notre banque centrale poursuit-elle sa hausse du taux directeur? 

«On a atteint un taux d’inflation de 8% il y a quelques mois. On est aujourd’hui autour de 6%. Le problème, c’est que ça a été très facile de descendre de 8% à 6%, mais maintenant, c’est collant. Ça ne diminue pas assez vite», explique Jules Boudreau, économiste chez Placements Mackenzie.

Cela s’explique entre autres par le contexte de plein emploi. L’inflation tend à augmenter lorsque le chômage est faible et elle tend à diminuer lorsque le chômage est élevé. «Les marchés du travail sont encore tendus: le taux de chômage est proche des creux historiques et les entreprises disent continuer à avoir de la difficulté à trouver du personnel», peut-on lire dans le communiqué de la Banque.

Ce n’est pas sorcier: plus l’emploi est fort, plus les gens consomment et plus la demande pour les biens et services est stimulée. En revanche, cette demande doit diminuer pour permettre à l’inflation de ralentir. 

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À quel moment pourrait-on atteindre le taux d’inflation cible?

Le seul et unique mandat de la Banque du Canada est de maintenir le taux d’inflation aux alentours du taux cible de 2%. C’est pour cette raison qu’elle continue de hausser le taux directeur aux deux mois depuis mars 2022, en vue d’atteindre cette cible.

De son côté, la banque centrale stipule qu’«à mesure que les effets des hausses de taux d’intérêt continueront de se propager dans l’économie, les dépenses en services aux consommateurs et les investissements des entreprises devraient ralentir». 

C’est ce ralentissement de l’économie qui devrait permettre à l’offre de rattraper la demande et donc, d’atteindre la cible d’une inflation à 2%. Selon la Banque du Canada, l’inflation, mesurée par l’indice des prix à la consommation, devrait «s’établir autour de 3% au milieu de l’année et retourner à la cible de 2% en 2024».

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Les prix finiront-ils par redescendre?

Non. Du moins, pas à moins d’une récession majeure en 2023, souligne l’économiste Jules Boudreau. 

«Les prix eux-mêmes ne redescendront pas. Ils ont atteint un plateau. Par contre, l’inflation, qui est à l’origine de la croissance des prix, est en train de redescendre», nuance-t-il. 

Il n’y a donc pas de déflation à l’horizon, soit le phénomène inverse de l’inflation. 

L’expression «tout ce qui monte finit par redescendre» est peut-être avérée quant aux taux d’intérêt, mais elle ne l’est pas pour les prix à la consommation qui, eux, s’implantent dans l’économie pour de bon.

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À quel moment assisterons-nous à un recul des taux d’intérêt?

Pas avant la fin de l’année 2023, estime l’économiste. 

«Plusieurs économistes croient qu’il va y avoir un pivot très bientôt et que les taux variables vont revenir autour des 3% d’ici six mois, mais nous [Placements Mackenzie], nous n’y croyons pas. Nous croyons que les taux vont rester au-dessus de 4% pendant toute l’année 2023», affirme Jules Boudreau.

Pour les premiers acheteurs, il s’agit d’une situation particulièrement pénible. Les prix des résidences ont amorcé leur descente à la fin de l’année 2022, mais les taux d’intérêt demeurent très élevés, ce qui complique l’accès à la propriété. 

Néanmoins, l’économiste suggère aux acheteurs de préférer un taux fixe au taux variable, puisque l’ascension des taux n’est pas terminée. 

«Les taux vont augmenter encore aujourd’hui et peut-être dans le futur. Il est encore avantageux de bloquer un taux pour les prochains mois.»

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Que peut-on faire avec ses placements?

Il est vrai que les soubresauts des marchés boursiers placent les investisseurs dans des situations inconfortables depuis plusieurs mois, mais rien n’est perdu pour les personnes qui investissent des sommes pour le long terme, soit avec un horizon de plus de 5 ans. 

«Pour les jeunes investisseurs, c’est une occasion en or de prendre du risque, estime Jules Boudreau. Je ne crois pas que c’est une bonne idée de se retirer des marchés maintenant, parce que de forts rendements sont attendus dans le futur.»

Peut-on s’attendre à d’autres hausses du taux directeur?

Oui. Il ne serait pas surprenant que la Banque centrale procède à une neuvième hausse consécutive le 8 mars prochain. 

«Le pire de l’inflation est derrière nous, mais pour aller chercher un taux cible de 2%, ça prend du travail et ça ne se fera pas du jour au lendemain.»

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