Plus de femmes dans un conseil d’administration entraînent une baisse du harcèlement sexuel
L’ajout de 10% de femmes au sein du conseil d’administration d’une entreprise entraînerait une baisse de 22% des situations de harcèlement sexuel dans les années suivantes, selon une étude. Mais gare au «féminisme washing»: rien ne sert de promouvoir une seule femme pour améliorer l’image de la compagnie.
Pour tenter d’expliquer le lien entre la présence de femmes sur un conseil d’administration (CA) et l’incidence du harcèlement sexuel, la professeure à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval, Andréanne Tremblay, et ses collègues ont analysé près de trois millions de commentaires d’employés américains sur les sites Glassdoor et Indeed, entre 2011 et 2021.
De ce nombre, 24 300 avis (0,81%) laissés par des employés concernaient le harcèlement sexuel.
«Sans être si nombreux, ces commentaires ressortaient vraiment du lot», souligne la professeure Tremblay, qui précise que ses recherches ont commencées à l’automne 2017 dans la foulée du mouvement #MeToo.
«Si le harcèlement sexuel est la première chose qu’une personne mentionne pour décrire son expérience au sein d’une entreprise, on peut croire que c’est véridique, ajoute-t-elle. Ce sont des sites de recherche d’emploi et non de dénonciation.»
L’étude publiée dans la revue Corporate Governance: An International Review signale par ailleurs que les compagnies les plus visées accusaient un retard de performance d’un point de vue financier.
«On estime une perte annuelle de 1,8 G$ en valeur boursière pour celles qui ont le plus haut taux de commentaires concernant du harcèlement sexuel. C’est un problème qui coûte cher, mais qui fait surtout beaucoup de victimes», commente Mme Tremblay.
Une question de politiques sociales
Le simple fait de nommer une femme dans le CA n’est pas la solution au harcèlement sexuel, prévient toutefois la chercheuse.
Ce sont plutôt les politiques sociales mises en place, comme les congés de maternité, les avantages aux conjoints de même sexe et les vacances, qui diminuent son incidence. Ces avantages sont plus nombreux dans les entreprises où plus de femmes se trouvent en position d’autorité.
«Ces politiques créent un climat de travail beaucoup plus agréable, plus sain, où il y a moins cette culture de harcèlement sexuel», suggère Mme Tremblay.
Promouvoir une femme pour améliorer l’image de la compagnie et se donner bonne conscience n’a donc aucun impact sur le harcèlement sexuel, résume-t-elle. Cette pratique est appelée le fem-power washing.
Bien que la recherche repose sur des données américaines, l’experte croit qu’il n’y a aucune raison de croire que les résultats au Canada seraient différents. «Mais c’est sûr que la magnitude pourrait changer selon le contexte social et économique», nuance-t-elle.