Le hockey reprend vie en Ukraine, un match à la fois | 24 heures
/panorama/guerre-en-ukraine

Le hockey reprend vie en Ukraine, un match à la fois

Après une année 2022 bien difficile, les joueurs professionnels sont de retour sur la glace.

s

Kyïv, Ukraine | Après une année 2022 bien difficile, les joueurs professionnels sont de retour sur la glace. Et ce, même si les défis demeurent considérables pour le hockey local. 

Jamais Yevgeni Govorushko n’oubliera la journée du 24 février 2022. Ce jour-là, l’ailier gauche de 23 ans a vu voler par sa fenêtre un missile russe en direction de Donetsk.  

«À ce moment-là, j’ai compris que la guerre commençait. Je ne pensais plus au hockey, je pensais à autre chose», admet-il pudiquement dans un anglais impeccable, souvenir de plusieurs années passées dans des ligues de développement aux États-Unis. 

Il faut dire que la ville de Kramatorsk, située dans la région du Donbass, a été lourdement touchée par les bombardements russes. La moitié de la ville est aujourd’hui en ruines.  

• À lire aussi: Zhenya, un chef sur la ligne de front

Pourtant, après 8 mois d’arrêt, le hockey professionnel en Ukraine a enfin pu reprendre le 6 octobre 2022. Et pour Yevgeni, cette nouvelle a eu l’effet d’une bouffée d’oxygène. 

«Aujourd’hui, le hockey nous aide, nous les joueurs, mais aussi la population, à voir qu’ici, en Ukraine, on continue de vivre. La guerre ne nous a pas détruits mentalement», explique celui qui rêve désormais de retourner jouer aux États-Unis, «quand la guerre sera finie».  

De gauche à droite : Yevgeni Govorushko, Georgii Zubko et Konstantin Simchuk

Photos Mathieu Carbasse / Montage Marilyne Houde 

De gauche à droite : Yevgeni Govorushko, Georgii Zubko et Konstantin Simchuk

Des infrastructures en piteux état

Cette saison, le championnat local rassemble six équipes, qui évoluent dans trois villes du pays et qui se rencontrent plusieurs fois avant les séries éliminatoires.  

Lors du passage de 24 heures à Kyïv, la nouvelle équipe de Yevgeni, Sokil, accueillait au Palais des sports une autre formation de la capitale, le HC Kyïv. 

Photo Mathieu Carbasse 

Un simple match de hockey professionnel? Pas vraiment, tant le hockey ukrainien a connu bien des galères depuis le début de l’invasion russe, il y a bientôt un an. Le voir aujourd’hui reprendre vie n’a donc rien d’anodin. Ça relève même d’un petit exploit.  

Parce que jouer au hockey en temps de guerre, ce n’est pas simple du tout.  

En cas d’alerte aux bombardements, par exemple, les matchs sont arrêtés et même reportés si les menaces persistent. Mais ce n’est pas vraiment la plus grande difficulté. 

Car le plus problématique aujourd’hui pour le hockey ukrainien, c’est l’état de destruction avancé des infrastructures. 

• À lire aussi: Dans la classe de Ioulia, des enfants ukrainiens jouent de la musique pour oublier la guerre

«Ici, à Kyïv, nous avons seulement trois arénas. Pour une grande ville comme ça, ce n’est clairement pas suffisant», se désole le coach de l’équipe de Sokil Kyïv, Konstantin Simchuk, qui dirige par ailleurs l’école de hockey locale en plus d’assister le coach de l’équipe nationale. 

«De nombreux arénas étaient situés à Donetsk et dans sa région (qui est l’une des plus touchées par les frappes russes, NDLR). Près de 80% des arénas du pays sont aujourd’hui détruits.» 

Photo Mathieu Carbasse 

Au manque d’infrastructures s’ajoute celui du manque de joueurs. On estime que 200 athlètes de haut niveau sont actuellement sur le front. Et parmi eux, plusieurs joueurs professionnels de hockey. 

«Avant la guerre, on comptait de nombreux joueurs qui venaient de l’étranger. Désormais, on doit compter uniquement sur des joueurs ukrainiens», affirme Konstantin Simchuk, qui a passé sa carrière de gardien de but entre des ligues mineures américaines et la ligue professionnelle russe. 

Et ce manque de joueurs concerne aussi les plus jeunes d’entre eux.  

«Il y a encore un an, l’école de hockey comptait environ 450 enfants, regrette-t-il. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, de nombreuses familles ont quitté le pays. Aujourd’hui, nous comptons seulement 150 enfants dans notre école.»  

Un besoin criant de financement

De quoi a donc besoin le hockey ukrainien désormais pour pouvoir fonctionner de façon pérenne? 

«On a besoin d’aide pour les jeunes et pour nos écoles de hockey. On a besoin d’aide pour appuyer nos compétitions, pour rénover les arénas. Mais malgré tout, le hockey ukrainien est encore en vie!», explique le président de la Fédération ukrainienne de hockey, Georgii Zubko, dont la voix ressemble à s’y méprendre à celle de Volodymyr Zelensky.  

«Si on parle d’argent, on a déjà reçu plus de 1 M$ américains en donation. Malheureusement, ce n’est pas suffisant, ajoute-t-il. Il nous faudrait 2 M$ par année pour nos opérations. Et je ne parle même pas de la rénovation des arénas et des infrastructures.» 

Photo Mathieu Carbasse 

Pour aider à financer le renouveau du hockey en Ukraine, Georgii Zubko a créé la fondation Save ukrainian hockey dream. Cet organisme amasse ainsi toutes sortes de dons, «5$ ou 10$ pour les particuliers, mais aussi 150 000 $ pour les grandes entreprises qui veulent contribuer». 

• À lire aussi: L'Ukraine pourrait battre la Russie en 2023, mais elle doit faire vite

Une chose est sûre, selon lui: sans le soutien de l’étranger, le hockey ukrainien ne serait pas capable de fonctionner durablement. Du moins, tant que la guerre sévira dans le pays.  

«On est très reconnaissants pour chaque publication sur Facebook, pour chaque dollar donné, pour toute forme de support envers les joueurs ukrainiens», conclut le président de la Fédération ukrainienne de hockey.  

Pour la petite histoire, c’est l’équipe de Sokil qui s’est imposée ce soir-là, avec un score de 4 à 1. Sokil, qui fait office de favori pour le titre cette année, avec deux autres équipes: Dnipro Kherson et Kremenchuk.  


Pour soutenir le hockey en Ukraine: https://saveukrainianhockeydream.org 


Ce reportage a été réalisé avec le soutien financier du Fonds québécois en journalisme international. 


À voir aussi:

s

Sur le même sujet

À lire aussi

Vous pourriez aimer

En collaboration avec nos partenaires