Un dépotoir industriel menace la plus grande tourbière de la Rive-Nord | 24 heures
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Un dépotoir industriel menace la plus grande tourbière de la Rive-Nord

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Une entreprise entreposant des résidus industriels menace d’agrandir son terrain d’enfouissement aux abords de la tourbière Blainville, un fragile milieu humide situé en amont de la rivière des Mille-Îles.

Stablex, une filiale de l’américaine Republic Services, possède déjà cinq cellules d’enfouissement non-loin de cette tourbière, l’une des plus vastes de toute la région métropolitaine, selon les données du gouvernement.  

Elle souhaite désormais construire un sixième site qui jouxterait la tourbière Blainville, cette fois. 52 hectares de milieu humide seraient déboisés par ce nouveau projet. 

Les cellules d'enfouissement dans lesquels l'entreprise Stablex dépose ses déchets industriels.

Stablex/BAPE 

Les cellules d'enfouissement dans lesquels l'entreprise Stablex dépose ses déchets industriels.

Même si l’entreprise promet que son site sera sécuritaire, une fuite pourrait mettre en péril l’écosystème de la rivière des Mille-Îles, juge l’ONG Eau Secours.  

Sa présidente, Rébecca Pétrin, rappelle que la tourbière est seulement située à 6km en amont de la rivière et qu’elle filtre les eaux pluviales qui s’y écouleront ensuite. 

«La rivière des Mille-Îles est indispensable pour l’approvisionnement en eau des municipalités comme Mascouche, Terrebonne et une partie de Laval. Elle est en amont de Trois-Rivières et Québec», fait-t-elle valoir. 

Rébecca Pétrin, directrice de l'ONG Eau Secours

Félix Pedneault 

Rébecca Pétrin, directrice de l'ONG Eau Secours

Si contamination de la tourbière il devait y avoir, des centaines de milliers de personnes seraient affectées.  

Alors que le Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) déposait aujourd’hui son rapport d’acceptabilité du projet, une vingtaine de citoyens et de militants pour des organisations écologiques se sont rassemblés vendredi devant les bureaux du ministre de l’Environnement Benoit Charrette, à Saint-Eustache, pour le presser de refuser le projet d’agrandissement du site de Stablex. 

Des militants rassemblés à Saint-Eustache, devant les bureaux du ministre Charette.

Félix Pedneault 

Des militants rassemblés à Saint-Eustache, devant les bureaux du ministre Charette.

Sur place, des militants qui ont assisté aux audiences du BAPE nous ont expliqué leurs craintes quant au procédé utilisé par Stablex. 

Les matières dangereuses récupérées par l’entreprises sont d’abord broyées ou déchiquetées, puis stabilisées dans un mélange de ciment afin de diminuer leur toxicité, de les figer dans le mélange et de les rendre insolubles en cas de précipitation. 

Ces déchets sont ensuite enfouis dans des cellules recouvertes de membranes qu’elle dit étanches.  

Le militant Normand Beaudet, membre d’Action environnement Basses-Laurentides, un groupe citoyen, craint que les cellules ne soient pas étanches. 

«On ne sait pas si leur procédé de solidification fonctionne. En Angleterre, d’où le procédé vient, on s’est rendu compte que ça ne fonctionnait pas», croit-il. 

Normand Beaudet, militant pour Action Environnement Basses Laurentides, un groupe citoyen.

Félix Pedneault 

Normand Beaudet, militant pour Action Environnement Basses Laurentides, un groupe citoyen.

Dans les rapports d’audience consultés par 24 heures, Stablex a expliqué que les tuyaux de sécurité installés sous chaque cellule pompaient parfois des lixiviats, des mélanges d’eau de pluie et de jus de déchets industriels, qu’ils renvoyaient ensuite dans la membrane.  

C’est une pratique pour laquelle l’entreprise est préparée, affirme Stablex. Selon les militants, c’est plutôt le signe que les cellules pourraient connaître des fuites advenant un bris de tuyau. 

«On nous a répondu qu’à certains endroits on pompait à toutes les semaines, à d’autres tous les six mois. C’est absurde qu’on enfouisse des déchets industriels dans un milieu humide, tout prêt d’un quartier résidentiel», s’insurge Normand Beaudet.  

Les militants rassemblés à Saint-Eustache ont déposé devant les bureaux du ministre un ensemble de faux déchets venant des États-Unis, de l'Ontario et du Québec.

Félix Pedneault 

Les militants rassemblés à Saint-Eustache ont déposé devant les bureaux du ministre un ensemble de faux déchets venant des États-Unis, de l'Ontario et du Québec.

Stablex, dont 50% des déchets proviennent des États-Unis et de l’Ontario, n’a pas tenu à commenter la manifestation citoyenne, ses porte-paroles se trouvant hors du pays. 

Le ministre Benoit Charrette dispose de 15 jours afin de rendre le rapport du BAPE public. Il devra ensuite décréter de l’avenir du projet d’expansion. 

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