La propriété la plus chère des États-Unis, à vendre pour 295 millions $, finira inondée
À vendre: vaste propriété de 970 000 pieds carrés au bord d'une plage de sable blanc en Floride et surplombant l'azur du golfe du Mexique. Prix demandé: 295 millions de dollars. Le seul hic (outre le prix): la maison se trouve dans l'un des endroits les plus vulnérables des États-Unis aux catastrophes climatiques.
Cette propriété de Naples est présentée comme «le complexe le plus exclusif de Floride». Elle possède deux vastes maisons d'hôtes, un quai, un poste d'amarrage pour yacht et offre un accès à la mer sur trois côtés.
Le rêve pour n’importe quel multimillionnaire, à l’exception près que la propriété sera presque inévitablement inondée dans les années à venir.
Elle présente en effet un risque d'inondation de 68% au cours des 15 prochaines années et de 95% au cours des trois prochaines décennies, selon les projections de la fondation First Street, un organisme sans but lucratif qui analyse les risques climatiques en Amérique.
Un «paradis» menacé
L'enclave de Gordon Pointe, où se situe la propriété, appartenait au financier John Donahue et à sa femme Rhodora. Elle est maintenant vendue par la fiducie familiale.
Elle se trouve à l'extrémité de Port-Royal, à Naples. Le quartier exclusif et creusé par de nombreux canaux a été conçu dans les années 1940 comme «le meilleur endroit au monde pour vivre».
Les mangroves, les marais et les dunes qui protégeaient autrefois l’enclave, ont été balayés afin que les projets immobiliers de plusieurs millions de $ puissent se développer le plus près possible de l’océan.
Depuis les années 1990, le niveau de la mer a monté d’une quinzaine de centimètres à cet endroit.
La menace pèse donc sur cet endroit «idyllique».
Au cours de deux dernières années, le flanc ouest de la Floride a été frappé par cinq ouragans dont Ian, en 2022, qui a été le plus destructeur pour la région.
En octobre, les ouragans Hélène et Milton se sont abattus sur Naples, qui a vu ses rues inondées, ses maisons détruites et sa jetée anéantie par les tempêtes.
«Il y a eu des constructions jusqu'à la plage, nous sommes très bas, nous n'avons pas de bonnes fortifications de dunes et personne n'a vraiment pensé aux ondes de tempête jusqu'à ce que Ian arrive», a précisé au Guardian l’expert en géologie et en climat à l'université Florida Gulf Coast, Michael Savarese.
Selon lui, les propriétés de luxe de la région vivent sur du «temps emprunté».
Des ultrariches au-dessus des changements climatiques
Les tarifs de l'assurance habitation en Floride, déjà les plus élevés des États-Unis, ont encore augmenté de 42% en moyenne l'année dernière. Au milieu de toutes ces catastrophes climatiques, une douzaine d'assureurs ont quitté la Floride selon le gouverneur de l'État, Ron DeSantis.
Le républicain a réagi en supprimant toute mention des changements climatiques dans les lois de l'État.
À Naples, une évaluation rédigée par la Ville a dû être réécrite pour supprimer les mots «changements climatiques» avant de pouvoir être utilisée pour demander un financement de l'État pour la modernisation d'installations comme le système d'eaux pluviales.
Les plus grandes maisons de la ville sont solidement construites pour résister au vent et nombre d'entre elles possèdent leurs propres barrières anti-inondation ou digues.
Obtenir une assurance pour la propriété serait malgré tout «très, très cher», dans les «sept chiffres par année», selon la directrice de HUB Private Client, Katherine Frattarola, un service de conseil en assurance pour les personnes fortunées.
Mais à un certain niveau de richesse, ces préoccupations peuvent sembler insignifiantes.
Une personne qui est capable de dépenser 295 millions $ pour une seule maison pense plus «au fait d'avoir la maison la plus chère d'Amérique» qu’aux réparations à faire pour la protéger des changements climatiques, selon Mme Frattarola.
— Avec les informations du Guardian