Des maisons à 2 millions $ vendues... sur Marketplace
Peut-on réellement trouver sur Marketplace l’acheteur d’une propriété de luxe de Blainville détaillée à 1,8 million de dollars ou d’un restaurant familial de cuisine mexicaine situé à Prévost ? C’est le pari que semblent faire de plus en plus de courtiers et vendeurs alors que la plateforme pullule de maisons et commerces.
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« J’essaie de vendre le commerce par moi-même pour commencer et dans quelques mois, ou un an peut-être, je vais utiliser un agent. J’ai surtout essayé Marketplace parce que c’est gratuit », raconte le propriétaire du restaurant Muñoz, Steve Thinel.
Le commerce situé à Prévost, dans les Laurentides, jouit depuis 16 ans d’une « excellente » réputation pour sa cuisine traditionnelle mexicaine et ses margaritas, dit-on.
Prix demandé : 165 000 $ pour tous les équipements et le mobilier du restaurant – en plus d’un loyer de 2800 $ par mois.
« J’ai eu deux visites. Une personne semblait très intéressée, mais je n’ai pas de signe de vie depuis trois semaines. En fait, 98 % des messages ne semblent pas très sérieux. On me demande si l’article est toujours disponible, je réponds que oui et la discussion s’arrête », fait valoir Steve Thinel.
Que l’on vende une paire de jeans, une machine à café ou un restaurant mexicain, donc, les messages d’acheteurs potentiels ne semblent pas très différents.
Mais à quoi ça sert, dans ce cas, d’afficher une maison ou un commerce sur la plateforme ?
Des maisons à 2 millions $
Il faut dire qu’on retrouve toute sorte de propriétés sur Marketplace, à tous les prix.
On peut ainsi mettre la main sur une maison victorienne de cinq chambres et son écurie, à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, pour 2,4 millions, une bâtisse commerciale qui inclut un Shell et un Subway, à Saint-Hyacinthe, pour 2,7 millions ou un dépanneur et son contenu dans le quartier Saint-Michel, à Montréal, pour 150 000 $.
« Moi, j’affiche toutes mes propriétés, même celles à 2 millions $ », lance le courtier immobilier à l’agence Re/Max, Carl Fafard.
« Je reçois entre cinq et dix demandes par jour sur Marketplace pour l’ensemble de mes propriétés en vente. Et même si 95 % de ces leads ne mèneront nulle part, des acheteurs ont définitivement découlé de la plateforme depuis que j’ai commencé à l’utiliser il y a cinq ans », précise-t-il.
« Les gens qui cherchent sur Marketplace ne sont pas les acheteurs les plus motivés, mais ils zieutent, que ce soit sur Centris ou ailleurs. Ils ont le même profil que ceux qui se présentent en visite libre ou ils sont de premiers acheteurs », illustre le courtier qui cumule 24 ans d’expérience.
Il ajoute que c’est aussi une façon de satisfaire le client, gratuitement, « pour être certain de ne perdre aucun acheteur potentiel ».
Un bonus, plus qu’une nécessité
Pour certains particuliers qui tentent de vendre leur résidence par eux-mêmes, sans l’aide d’un courtier ou d’un service comme DuProprio, Marketplace devient alors le moyen privilégié pour publiciser leur maison.
Et pour les courtiers qui l’utilisent, l’outil est plus un bonus qu’une nécessité.
« Marketplace est une plateforme de petites annonces, mais ce n’est pas un outil qui rapporte pour les courtiers immobiliers. Ça peut leur amener des leads, mais pas nécessairement une vente », explique la directrice des pratiques sur le courtage à l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), Nathalie Bégin.
Elle signale également le « danger » d’afficher sa propriété sur une plateforme qui ne bénéficie d’aucune surveillance.
« Il ne faut pas oublier qu’il y a beaucoup de fraudes sur Marketplace. C’est aussi plus risqué quand des clients se présentent pour une visite parce que le vendeur ne sait pas à qui il aura véritablement affaire », prévient Mme Bégin.