Les sels d’ammoniac, la nouvelle dépendance des joueurs de hockey?
Au troisième tour des séries éliminatoires de la LNH, il est devenu impossible d’ignorer les bâtonnets de sels d’ammoniac que reniflent les joueurs en quête d’une poussée d’adrénaline sur le banc avant de retourner sur la glace. Cette substance controversée – interdite dans certains milieux sportifs – est-elle la nouvelle dépendance des hockeyeurs professionnels ?
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Les images d’Alex Newhook du Canadien de Montréal en train d’inhaler avec ferveur des sels d’ammoniac avant la prolongation lors du deuxième match contre les Hurricanes de la Caroline, samedi dernier, ont fait le tour des réseaux sociaux.
La scène captée par les caméras de TVA Sports où on aperçoit l’attaquant se secouer une capsule blanche jusque dans les yeux s’est répétée lundi soir, toujours quelques minutes avant le début de la prolongation au Centre Bell.
Il faut dire que le numéro 15 a été le héros des rondes précédentes face au Lightning de Tampa Bay et aux Sabres de Buffalo. C’est lui qui a marqué les deux buts gagnants – encore en prolongation – ayant permis au Tricolore de poursuivre son ascension en séries éliminatoires.
La pression était grande sur les épaules d’Alex Newhook, donc, qui a peut-être eu besoin d’un petit remontant pour conserver son titre de « sauveur ».
Les sels d’ammoniac n’ont pas accordé la victoire au Canadien, mais ils ont lancé de vives discussions quant à l’utilisation de la substance pour stimuler l’énergie des joueurs.
Un coup de fouet pour les sportifs
« Ça provoque une réponse physiologique immédiate de quelques secondes en augmentant le rythme cardiaque et l’état d’éveil, un peu comme si on se préparait à aller à la guerre », résume le directeur du laboratoire de contrôle du dopage de l’Institut national de recherche scientifique (INRS), Jean-François Naud.
La consommation des smelling salts, dont l’odeur rappelle celle des produits ménagers, n’a rien de nouveau dans la LNH : nombreux sont les hockeyeurs qui ont été filmés en train de les renifler sur le banc tout au long de la saison.
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Les caméras braquées sur Alex Newhook ont cependant révélé le vrai visage du produit.
« On a bien vu l’effet immédiat de l’inhalation des sels d’ammoniac sur le joueur qui semble avoir reçu un coup de fouet », précise l’expert de l’INRS.
Et devant la scène, plusieurs utilisateurs des réseaux sociaux se sont questionnés sur leurs conséquences sur la santé. Est-ce une drogue ? Peut-on devenir accro aux sels d’ammoniac ?
« Ce n’est pas un produit qui se trouve sur la liste des interdictions de l’Agence mondiale antidopage parce qu’il n’y a pas vraiment d’évidence scientifique sur l’amélioration des performances sportives », explique Jean-François Naud.
« Les effets sur la santé ne sont pas majeurs lorsque les sels sont prisés occasionnellement par une personne en bonne santé », poursuit le directeur du laboratoire de contrôle du dopage.
Substance controversée
L’inhalation des sels d’ammoniac n’est toutefois pas sans risque, comme pour la plupart des produits stimulants d’ailleurs.
« Ça peut masquer les symptômes d’une commotion cérébrale comme la stimulation laisse croire que l’athlète est correct. On le voyait avant chez les boxeurs knockout. On leur mettait ça sous le nez pour les réveiller et poursuivre leur combat », raconte l’expert.
La substance très irritante pour les muqueuses peut également causer des brûlures chimiques des voies respiratoires supérieures, du nez aux cordes vocales.
« Ça risque aussi de donner un gros mal de tête », lance M. Naud.
L’utilisation des sels d’ammoniac demeure ainsi controversée dans le milieu sportif, surtout chez les jeunes.
En février 2025, l’entraîneur d’une équipe Atome AA de la région de Hudson–Rigaud–St-Lazare a été suspendu pour en avoir fait renifler à des joueurs de 10 ans à l’insu de leurs parents. Hockey Québec interdit formellement leur usage pour les joueurs mineurs depuis.
Ils ont également été bannis en 2016 par la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ), que ce soit lors d’un entraînement ou d’une partie.
Les sels d’ammoniac ne font l’objet d’aucune interdiction dans le sport professionnel.
Afin d’en réduire l’usage, la National Football League (NFL) a néanmoins modifié sa politique sur les sels d’ammoniac l’été dernier. Les équipes et le personnel médical ne sont plus autorisés à en fournir, mais les joueurs peuvent toujours les employer de leur propre initiative.
Avec leur salaire, il y a fort à parier qu’ils peuvent aisément s’offrir ces batônnets vendus sur Amazon, entre autres, au coût de 29,95 $ pour une boîte de 20.
Faire preuve de discrétion
Dans ce contexte, devrait-on se garder une petite gêne avant d’exposer les joueurs de la LNH en pleine séance de sniffette?
« Ces images ne sont pas gratifiantes pour les athlètes », estime Jean-François Naud.
« Et même si les sels d’ammoniac ont été interdits dans le hockey mineur, ça envoie le message qu’il est acceptable de consommer un produit pour mieux performer quand leurs jeunes voient les professionnels en faire à la télé », souligne-t-il.
L’expert pointe également les dangers de développer une possible dépendance psychologique.
« Il y a un risque de devenir accro si on croit réellement qu’on a besoin d’une substance pour améliorer sa performance sportive. Ça peut aussi mener à une conduite dopante dans le futur », fait-il valoir.