Un an après son annonce, le REM de l’Est ne fait toujours pas l’unanimité | 24 heures
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Un an après son annonce, le REM de l’Est ne fait toujours pas l’unanimité

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«C’est une chose qui est faite pour nous passer dessus, pour faire plaisir à d’autres.» Daniel Chartier est sans équivoque : il ne veut pas d’un train aérien au centre de la rue Sherbrooke, à l’est de l’autoroute 25, près d’où il habite.

Le vice-président du Collectif en environnement Mercier-Est mène le combat dans ce secteur de la ville contre l’extension vers l’est du Réseau express métropolitain (REM), dont la construction pourrait commencer dès 2023.

Il en a particulièrement long à dire au sujet du bruit que causerait le passage de rames en hauteur au centre d’un quartier résidentiel et de la présence d’une structure en béton qui bloquerait la lumière naturelle et serait désagréable pour passants et résidents. 

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CDPQ Infra, la filiale de la Caisse de dépôt et de placements du Québec qui gère le projet, promet une intégration architecturale harmonieuse, mais Daniel Chartier n’y croit pas. «Pour le quartier, c’est comme un éléphant dans le salon. Même si tu lui mets une jolie robe... ça reste un éléphant dans le salon!»

Sur plusieurs pelouses du quartier, des affiches confirment qu’il a l’appui d’une partie de ses concitoyens. Il s’en réjouit et espère maintenant que le gouvernement du Québec entendra sa demande de suspendre l’avancement du projet le temps d’évaluer d’autres options pour construire un réseau de transport collectif structurant qui se rendrait jusqu’à Pointe-aux-Trembles et à Montréal-Nord.

Les balbutiements du REM de l’Est

Les premières phases du Réseau express métropolitain sont en construction ailleurs dans le grand Montréal et ses tronçons devraient entrer en service progressivement de 2022 à 2024.

Le tracé du REM

CDPQ Infra

Le tracé du REM

Le REM de l’Est est un autre projet à part entière et est encore en conception. Il suscite un grand enthousiasme chez ceux qui estiment que l’est de la ville est depuis longtemps mal desservie par les transports collectifs. Sa construction devrait aussi permettre de diminuer le recours à l’automobile pour entrer et sortir d’arrondissements tel que Montréal-Nord et Pointe-aux-Trembles.

Le trajet envisagé par la Caisse de dépôt a été annoncé en décembre dernier et s’est depuis attiré plusieurs critiques, en particulier en ce qui a trait aux sections aériennes dans des secteurs résidentiels et patrimoniaux.

CDPQ Infra

CDPQ Infra assure être à l’écoute de ces préoccupations. 

«On est conscients que c’est quelque chose qui va changer le paysage. [...] Le projet est au début de la planification détaillée. On a des opportunités, d’ici les deux prochaines années, pour améliorer le projet», déclare la porte-parole du REM de l’Est, Virginie Cousineau.

CDPQ Infra exclut présentement l’idée de faire passer les trains sous terre dans Mercier-Est, mais dit évaluer la possibilité d’un tracé alternatif qui passerait plutôt par la rue Souligny, plus large et où se trouve déjà une ligne de train.

Un train du REM à Brossard

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Un train du REM à Brossard

Début septembre, CDPQ Infra a aussi annoncé, à cause des nombreuses inquiétudes soulevées, qu’environ 500 mètres du tracé seraient finalement en sous-terrain plutôt qu’au-dessus de la rue au centre-ville de Montréal, sous la rue Sherbrooke, entre les rues Robert-Bourassa et Saint-Urbain.

Ce n’est qu’une petite portion des 24 km aériens du REM de l’Est, et c’est un compromis qui ne satisfait pas Taïka Baillargeon, directrice adjointe aux politiques chez Héritage Montréal. 

«Il y a beaucoup de patrimoine du centre-ville qui se situe à l’est [de la rue Saint-Urbain]. On ne protège pas cette partie-là.»

Agence QMI

Ailleurs sur le tracé, l’idée d’un train aérien dans des quartiers résidentiels est selon elle «extrêmement problématique» et son impact sur le paysage de la ville n’est pas négligeable.

«Il faut faire attention à ce qu’on a. Ce qui qualifie Montréal, c’est son patrimoine, c’est son landscape, la montagne, le fleuve», poursuit-elle.

Faciliter les déplacements vers PAT

Pour aller de Pointe-aux-Trembles vers le centre de l’île en transport collectif, il faut présentement emprunter un cocktail alliant autobus, métro et train de banlieue. Dans ce secteur de la ville, l’arrivée d’un mode de transport structurant sera bien accueillie, estime Pierre Choquette, vice-président de la Société de développement Angus (SDA).

L’organisation ne veut pas commenter les enjeux d’urbanisme et d’architecture au sujet du REM de l’Est, puisque l’organisation est représentée dans le comité d’experts chargé par le gouvernement du Québec «d'assurer l'intégration exemplaire du REM de l'Est au paysage urbain». 

La rue Sherbrooke à Pointe-aux-Trembles

Étienne Brière

La rue Sherbrooke à Pointe-aux-Trembles

Cela dit, peu importe le mode et le tracé choisi, Pierre Choquette croit qu’il faut qu’un projet de cette envergure aille de l’avant. 

«Ça va accélérer beaucoup le temps de transport entre l’extrémité est de l’île et le centre-ville, même jusqu’à l’aéroport, explique-t-il. On ne voit pas pourquoi les gens de l’est seraient désavantagés sur ce point-là.»

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Le train léger automatisé aiderait aussi les gens de l’arrondissement à être moins dépendants de la voiture et pourrait participer à la revitalisation du secteur. La SDA espère d’ailleurs participer au développement immobilier et commercial du Vieux Pointe-aux-Trembles, un secteur à moins de 2 km d’une potentielle station du REM de l’Est.

L'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui ne s’est pas encore exprimée dans ce dossier, prépare présentement un avis indépendant au sujet du REM de l'Est. Cet avis sera envoyé au gouvernement du Québec. 

Le prochain jalon dans l’avancement du REM de l’Est est l’étude du projet par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui devrait avoir lieu début 2022.

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