De Cannes à l’Assemblée nationale: on vous explique l’histoire du keffieh, symbole pro-Palestine | 24 heures
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De Cannes à l’Assemblée nationale: on vous explique l’histoire du keffieh, symbole pro-Palestine

Image principale de l'article Voici l’histoire du keffieh, symbole pro-Palestine
Capture d’écran TVA Nouvelles.

La solidarité avec la cause palestinienne stimule la demande de keffieh, ce foulard moyen-oriental à carreaux devenu symbole du soutien à Gaza. Depuis le mois d’octobre, les distributeurs montréalais observent une forte hausse non seulement des ventes, mais également des questions sur l’histoire du carré de tissu.

• À lire aussi: Ce qu’il faut savoir sur l’attaque israélienne à Rafah, dénoncée partout dans le monde

Le 22 mai dernier, la députée de Québec solidaire d’origine palestinienne Ruba Ghazal s’est levée à l’Assemblée nationale pour demander, de nouveau, au gouvernement de renoncer à l’ouverture du bureau du Québec à Tel-Aviv, en Israël.

Mais cette fois, la politicienne était vêtue d’un keffieh noir et blanc.

Presque au même moment, en plein Festival de Cannes, la mannequin Bella Hadid, dont le père est Palestinien, se promenait sur la croisette dans une robe faite de keffiehs rouge et blanc.

«J’étais nerveuse»

Le foulard est aussi bien visible dans les rues de Montréal et d’ailleurs au Québec depuis le début de la guerre entre Israël et la Palestine, le 7 octobre dernier.

Ruba Ghazal est néanmoins la première personnalité québécoise à l’endosser publiquement.

«J’étais nerveuse», confie la députée de Mercier en entrevue à 24 heures.

«L’idée m’a souvent traversé l’esprit de le porter, mais je ne voulais pas déranger. J’ai vu des regards, mais personne n’est intervenu auprès de la présidente, comme ça a été le cas au parlement ontarien. J’étais fière que notre Assemblée me permette de le faire.»

En avril, l’Assemblée législative de l’Ontario a interdit le port du keffieh, arguant que «les vêtements destinés à faire une déclaration politique explicite» n’y sont pas autorisés.

La députée indépendante Sarah Jama a été expulsée de la Chambre il y a trois semaines après avoir une nouvelle fois défié ce règlement.

«Mais face à la situation actuelle, à l’horreur, ce qui se passe à Gaza, Rafah, le nombre d’enfants tués, la famine, le mandat d’arrestation demandé par la Cour pénale internationale (CPI) contre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, je trouvais que c’était approprié de le porter», fait valoir Mme Ghazal.

Et le geste semble avoir inspiré la population.

«Je me fais beaucoup interpeller depuis par des gens qui veulent savoir où ils peuvent s’en procurer, notamment pour que les profits aillent en Palestine. Celui que j’ai porté m’a été offert, mais je sais qu’il y a tout un réseau pour ce genre de produit», souligne-t-elle.

La demande ne dérougit pas

Jusqu'à tout récemment, la seule usine de keffieh qui subsistait en Palestine, Hirbawi, luttait pour sa survie, rapportait The Guardian.

En 1995, la baisse de la demande avait même forcé l’entreprise, située dans la ville d'Hébron, en Cisjordanie, à fermer ses portes pour cinq ans. En 2010, elle n'employait plus qu'une seule personne. Aujourd'hui, elle compte une vingtaine d'employés.

Dès la première semaine de l'offensive israélienne à Gaza, à la mi-octobre, l'entreprise familiale a vendu 20 000 écharpes, un nombre qu'elle aurait normalement écoulé pendant un hiver entier.

Depuis, la demande ne dérougit pas.

«Les ventes ont augmenté dans les derniers mois comme à chaque période de conflit [entre Israël et la Palestine]», observe la Boutique Al-Sondo qui compte cinq adresses à Montréal, Laval et Brossard.

Plusieurs distributeurs de keffiehs contactés par 24 heures en arrivent au même constat.

«La demande a augmenté bien évidemment, et de beaucoup, vu que c’est devenu une façon de s’exprimer sans parler», mentionne Abdul Bitar, qui vend ces foulards sur Marketplace.

«Nous avons constaté une augmentation significative des demandes dans les derniers mois. Il semble que de plus en plus de personnes souhaitent montrer leur soutien à Gaza et utiliser le keffieh comme symbole de solidarité», indique quant à elle Reina Hallab, qui en distribue également sur Marketplace.

«Nous avons observé une hausse non seulement des ventes en ligne, mais également des demandes de renseignements et d’informations sur l’histoire et la signification de ce foulard», ajoute-t-elle.

Le drapeau officieux de la Palestine

Le keffieh est à la fois une écharpe traditionnelle et un symbole politique.

Les théories abondent sur ses origines, mais la plupart s’accordent sur le fait qu’il s’agit de la coiffure traditionnelle des Bédouins. Le foulard, d’abord porté par les villageois, est devenu un symbole du nationalisme palestinien lors de la révolte arabe des années 1930 dans les territoires sous mandat britannique.

«Certains villageois palestiniens attaquaient l'armée et il était facile de les trouver parce qu'ils portaient des keffiehs», expliquait à The Guardian l’entreprise Hirbawi.

AFP 

Les Palestiniens vivant dans les villes ont ainsi commencé à porter le keffieh pour permettre aux rebelles de se fondre dans les cités.

Dans les années 1960, il est devenu synonyme de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Son dirigeant, Yasser Arafat, le portait toujours. 

AFP 

Considéré par plusieurs comme «le drapeau officieux» de la Palestine, il est porté à l’international depuis comme moyen de déclarer sa solidarité à la cause.

«Aujourd’hui, le keffieh est répandu à travers le monde, porté par la jeunesse qui milite pour le droit à l’autodétermination», souligne Ruba Ghazal, qui est née au Liban de parents palestiniens ayant fui le pays en 1948.

«J’ai des photos de mon père qui le porte. Moi-même je le portais enfant, un peu comme on met une ceinture fléchée, raconte-t-elle. C’est un symbole culturel qui s’est transformé en symbole politique et de la résistance du peuple palestinien.»

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